Développement personnel

Sauveur malgré tout!!!

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Il y a bien des situations où nous nous plaçons tels des sauveurs, et ce, notamment lorsqu’un proche est en difficulté. Que nous soyons sollicité ou non par cette personne, nous prenons la responsabilité de son malheur, de sa souffrance et voulons que cela cesse. C’est pourquoi nous sortons notre belle cape de super héros. Souvent guidé(e) par la bienveillance, nous agissons en « sauveur ». Parfois glorifiant, méritant, nous pensons bien faire mais que se cache-t-il vraiment derrière ce comportement ? Prenons le  temps de comprendre pourquoi nous sommes des « sauveurs malgré tout! »

Le syndrome du sauveur en psychologie

Aider l’autre quoi qu’il advienne, voici le principe de base du syndrome du « sauveur ». Ce comportement est généralement expliqué par des situations remontant à l’enfance. Soit, nous avons pris l’habitude d’aider l’un de nos parents ou proches, quoi qu’il nous en coûtait : un parent alcoolique, dépressif, seul pour éduquer les enfants, etc. Soit, nous aurions aimé que quelqu’un nous sauve d’une situation source de souffrance, à laquelle nous ne pouvions échapper seul : violence, injustice, etc. A l’âge adulte, nous développons ce type de comportement pour nous rassurer. Plus précisément, pour rassurer l’enfant qui est en nous. Oui, nous continuons à être utile pour l’autre, et oui, aujourd’hui, nous sommes capable d’agir.

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Et vous, à quoi ressemble votre cape?

Le triangle « persécuteur/victime/sauveur »

Selon Stephen Karpman, spécialiste en analyse transactionnelle, les relations humaines peuvent être décrite par le triangle dramatique « persécuteur/victime/sauveur ». Lorsque le contexte s’y prête, un jeu psychologique s’instaure entre les personnes qui font parties de cette triade. Le persécuteur est quelqu’un qui a tendance à critiquer, à juger, à dévaloriser l’autre. Il utilise l’ironie pour s’exprimer et fait des allusions, des « blagues », sans faire preuve de clarté dans son discours. La victime, elle, se plaint, subit en ayant des difficultés à dire ce qu’elle pense et ressent. Elle ne veut pas faire de vague et ne riposte pas par crainte d’être jugée. Dire « non » est souvent l’une de ses difficultés. Quant à lui, le sauveur est prêt à tout pour aider la victime, qu’on lui ait demandé son aide ou pas. Dans cette configuration relationnelle, nous retrouvons le syndrome du sauveur dans toute sa splendeur.

Que se cache-t-il derrière le sauveur?

Tout d’abord, ne pas confondre le syndrome du sauveur et l’altruisme. Dans les deux cas, nous agissons avec une volonté de bienveillance pour venir en aide à quelqu’un. Néanmoins, la personne altruiste n’a aucun intérêt personnel à faire cette acte, contrairement à celui qui a une posture de sauveur.

estime-confianceComme nous l’avons abordé succinctement plus haut, le sauveur qui est en nous peut agir inconsciemment pour plusieurs raisons. L’estime que nous avons de nous même, notre ego, aiment tout deux se sentir « bon », utile. C’est notamment à travers des actes bienveillants que nous nous sentons reconnu(e). L’image que nous renvoyons de nous-même est positive, nous nous percevons et nous sommes perçu(e) comme une « bonne personne ». Ainsi, nous avons le sentiment d’être aimé pour ce que nous faisons.

Néanmoins, si savoir résoudre des problèmes contribue à une « bonne » estime de nous-même, cela peut porter préjudice à l’autre. En effet, nous sommes la personne qui « sait ». C’est alors que l’autre peut se sentir incapable, pensant ne pas avoir les moyens, les ressources personnelles pour trouver une solution seul(e). Lorsque le sauveur se sent tout puissant, le sauvé peut se sentir inférieur(e). La relation est alors biaisée car un rapport de hiérarchie s’installe. Le sauveur devient indispensable à l’autre qui développe une dépendance à être pris(e) en charge, à être aidé(e) et secouru(e). De plus, le sauveur est perçu comme le gentil qui est serviable, il est donc difficile de lui en vouloir.

« L’autre souffre, je me dois de l’aider »

Enfin, il arrive bien souvent que le sauveur n’attende pas que l’autre le sollicite pour lui venir en aide. En effet, le désir de contrôler une situation qui lui est insupportable prend le dessus. Laisser les choses se faire serait laisser place aux sentiments de culpabilité et d’impuissance. Ce que l’autre vit peut nous renvoyer à quelques choses qui en réalité ne le concerne pas. L’effet miroir entre en scène et nous pousse à agir, à régler quelque chose qui nous appartient.

Comment poser notre cape de sauveur ?

Tout d’abord, prendre note de chaque moment où nous décidons d’enfiler votre cape de sauveur. Ainsi, nous identifierons les situations où nous avons le sentiment de « devoir » agir, mais aussi notre intérêt à sauver l’autre : Est-ce un geste altruiste ou le faisons-nous pour nous, pour notre image ?

Si nous nous rendons compte que notre acte permet de valoriser notre estime de nous-même, soyons à l’écoute de l’autre. Il est important de laisser l’autre exprimer son besoin d’être aider et de ne pas l’anticiper pour lui. Nous n’avons pas besoin de porter notre cape de sauveur pour nous sentir utile et aimé(e). Ce que nous faisons ne nous définit pas. Ce que nous sommes est bien plus important. Etre là pour l’autre mais ne pas agir sa place sera d’autant plus glorifiant.

Si la situation nous renvoie à notre vécu, gardons en tête qu’il s’agit de l’histoire de l’autre et non de la notre. Certes, ce qui fait écho en nous explique pourquoi nous nous « devons » d’agir mais nous pouvons prendre de la distance avec la situation et nous demander : A quoi cela nous renvoie-t-il ? Qu’avons-nous vécu de similaire que nous n’avons pas réglé et qui aujourd’hui nous pousse à agir ? Nous serons alors plus enclin à revenir sur ce qui a créé un nœud dans notre existence et à débloquer ce qui est latent en nous. Ainsi, nous laisserons à l’autre ce qui lui appartient.

Aujourd’hui, je prends conscience que je ne suis pas responsable de ce qui incombe à l’autre

Janie Aschieri – Psychologue


Berne, E. (2001). Analyse transactionnelle et psychothérapie, Petite bibliothèque Payot.

Bourbeau, L. (2013). Les 5 blessures qui empêchent d’être soi soi-même, Pocket.

Finley, G. (2012). Lâcher-prise, la clé de la transformation intérieure, Pocket.

Thich Nhat Hanh (2014). Prendre soin de l’enfant intérieur, faire la paix avec soi, Belfond.